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lundi 8 septembre 2014

Jean Rostand. L'éternelle chanson



Bonjour,




L'éternelle chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d'une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.

Et comme chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain,
Qu'importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave - et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens.
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.

Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s'il se peut l'impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d'une richesse rare
J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d'amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Rosemonde Gérard ( épouse d'Edmond Rostand )



Serait-ce ma période littéraire ?
Je ne sais mais je dois avouer m'être replongée
dans mes souvenirs d'enfants et
je voulais vous faire partager un moment vécu en 1967.

J'habitais, à l'époque Ville d'Avray et
allais au lycée de Saint Cloud.
Pour ce faire, je prenais tous les jours
le train de banlieue reliant ces
deux stations (Trois minutes de trajet environ).
Quasiment chaque après midi,
toute la bande de jeunes que nous étions,
conversions sur le quai et durant le trajet avec
un couple de personnes âgées :
Mme et Mr Jean Rostand. ( fils d'Edmond )


Je me souviens d'eux avec tendresse et
notamment des grandes discussions engagées sur l'existence
que nous n'avions, bien sur, pas le temps de conclure,
nous donnant toujours rendez-vous pour le lendemain ! ! !


Jean Rostand était déjà bien âgé (environ 75 ans) et
fumait sa pipe en attendant le train Versailles-Paris.
Madame a représenté pour moi pendant des années,
le portrait type de la gentille petite grand-mère.
Cela dit sans aucune moquerie, bien au contraire ! ! !

Cette vieille dame était magnifiquement élégante
avec son petit sac à main, son chapeau et
surtout ses ronds rouges sur les pommettes ! ! !

Je la revois encore et mon cœur se serre d'émotion.

J'avais 17 ans et ne réalisais pas du tout le monument intellectuel
que représentait ce vieux monsieur avec qui je conversais
comme avec un « copain » de mon age ! ! ! ! ! !

Les événements de Mai 68 attisèrent nos questions
et nos interrogations auxquelles Jean Rostand
se prêtait avec une grande complaisance.



Depuis, bien sur, j'ai étudié son œuvre et
suis rétrospectivement très fière
d'avoir eu l'immense honneur de le connaître.



Cet article avait été publié dans les débuts de mon blog
mais je n'ai pu résister à le remettre en ligne
tant j'aime cet adorable poème
si particulier à mon coeur ! !


Merci de vos passages
et à tout soudain ! !



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